Suivi de position : pourquoi vos données Semrush ne reflètent plus la SERP française

Vous ouvrez votre campagne Suivi de position un lundi matin. Trois mots-clés stratégiques ont disparu du top 20. Vous vérifiez la Search Console : impressions stables, clics stables, position moyenne inchangée. Vous tapez la requête à la main depuis votre bureau à Lyon : vous êtes toujours deuxième.

Il ne s’est rien passé. Enfin si : Google a menti à votre outil.

Ce n’est pas une théorie. C’est un phénomène documenté depuis février 2026, avec des dates, des captures et des correctifs. Et depuis mai, il touche le marché français de façon particulièrement sévère. Voici ce qui se passe, comment le vérifier vous-même en dix minutes, et quoi faire de vos rapports en attendant.

1. Google a changé de doctrine : il ne bloque plus, il ment

Le modèle économique des outils de suivi de position repose sur une chose : scraper Google. Semrush, Ahrefs, Monitorank, SE Ranking, Haloscan et les autres envoient chaque jour des millions de requêtes automatisées vers le moteur, depuis des proxies rotatifs, avec des user-agents variés, pour reconstituer vos classements.

Google le sait depuis toujours. Jusqu’en 2025, sa réponse tenait en deux options : ralentir ou bloquer. CAPTCHA, rate limiting, bannissement d’IP. C’était brutal mais honnête. Un bot bloqué sait qu’il est bloqué, et l’outil peut relancer la requête ou prévenir l’utilisateur.

En 2026, la doctrine a basculé. Quand Google identifie un comportement automatisé (volume de requêtes anormal, absence d’exécution JavaScript, user-agent suspect, pattern de scraping reconnu), il ne refuse plus la réponse. Il en fabrique une fausse.

Exemple de fausse serp depuis https://seo-hero.ninja/ (capture écran pour l’exemple, depuis seo-hero.ninja a résolu le souci)

La communauté a baptisé ça les shadow SERP, ou plus prosaïquement la « soupe Google » : des pages de résultats saturées de YouTube, Dailymotion, TikTok, Instagram et Facebook, y compris sur des requêtes 100 % transactionnelles où ces plateformes n’ont strictement rien à faire. Les vrais résultats organiques sont repoussés, dupliqués ou purement absents.

C’est infiniment plus efficace qu’un blocage. Un outil bloqué affiche une erreur. Un outil empoisonné affiche un joli graphique.

2. La chronologie (si j’ai rien oublié)

Date Événement
Janvier 2025 Google déploie SearchGuard, son système anti-bots appliqué à la recherche. Semrush, Ahrefs, YourTextGuru, Haloscan connaissent des pannes mondiales.
14 septembre 2025 Suppression du paramètre num=100. Les scrapers doivent multiplier leurs appels par dix pour reconstituer un top 100. Les coûts explosent.
19 décembre 2025 Google attaque SerpApi en justice (DMCA §1201, contournement de SearchGuard). Le moteur évalue la hausse du volume de requêtes de SerpApi à 25 000 % sur deux ans.
3 février 2026, 6h Les courbes de Monitorank s’effondrent. Diagnostic en quelques heures : Google inonde les pages 2 et 3 de résultats YouTube et Dailymotion pour les robots qu’il identifie. Correctif déployé dans la journée.
4 février 2026 Google fait machine arrière. Simple test ?
24-25 mars 2026 Spam Update éclair (bouclée en moins de 20 h) qui blackliste massivement les robots. Monitorank monte une infra de secours… sans le correctif de février. Résultat : environ 25 % des positions de ses utilisateurs sont temporairement fausses, corrigées le jour même (Bravo à eux !!!)
27 mars 2026 Google renforce massivement sa détection anti-scraping, en plein lancement du March 2026 Core Update.
Fin mars, début avril 2026 Le Semrush Sensor France Desktop frôle 9,5/10, message « It’s a Googlequake ! ». Plusieurs outils majeurs remontent une explosion de visibilité pour YouTube et TikTok sur toutes les thématiques. Des équipes réallouent des budgets vers la vidéo.
12 avril 2026 Le même Sensor France Desktop affiche 0,6/10, avec le message « It’s too quiet today ». Deux extrêmes en quinze jours.
Nuit du 14 au 15 mai 2026 Google casse la géolocalisation. Le paramètre &gl=fr ne restitue plus la SERP française depuis une IP non française.
26 mai 2026 Monitorank communique publiquement sur le sujet. (Vous êtes vraiment balèzes !!!)
Juin 2026 Google publie une documentation officielle sur les outils SEO tiers, rappelant qu’aucun n’a accès à ses données de ranking internes et qu’il n’en cautionne aucun.

3. Le coup fatal pour la France : la mort de &gl=fr

C’est l’épisode qui rend le sujet spécifiquement français, et c’est le plus grave.

Jusqu’au 14 mai 2026, n’importe quel outil pouvait récupérer la SERP française depuis un serveur situé n’importe où sur la planète. Il suffisait d’ajouter &gl=fr à l’URL de requête sur google.com. Google acceptait de jouer le jeu du ciblage géographique déclaratif.

C’est ce que faisait la quasi-totalité du marché, pour une raison très simple : les proxies français coûtent cher et sont peu disponibles. Scraper depuis les États-Unis, l’Allemagne ou l’Inde avec &gl=fr revenait dix fois moins cher que scraper depuis une IP française.

Depuis le 15 mai, ça ne marche plus. Le paramètre gl n’est plus fiable dès lors que l’IP émettrice est étrangère. Les symptômes signalés :

  • des vidéos YouTube et Facebook qui remontent en page 5 ;
  • des résultats instables dès la page 1 ;
  • et surtout : un site réellement positionné 1er ou 2e sur la vraie SERP française qui n’apparaît pas du tout dans les données remontées par un outil non corrigé.

Ce n’est donc pas un problème de longue traîne ou de pages profondes. Le top 3 est concerné.

Les requêtes de test partagées par Monitorank

L’impact a été constaté sur des mots-clés à très fort volume, tous marchés confondus :

  • comparateur assurance auto
  • iphone
  • rachat de credit
  • assurance habitation pas cher
  • tenerife canaries

Autrement dit : de l’assurance, du crédit, de l’e-commerce, du voyage. Le cœur du business SEO français.

Le pire : aucune alerte

Un outil qui reçoit une shadow SERP ne le sait pas nécessairement. Et s’il ne le sait pas, il vous présente ces données comme la vérité. Aucun tableau de bord n’affiche de bandeau « attention, données potentiellement compromises ». Les courbes continuent de s’afficher, propres, quotidiennes, rassurantes.

C’est exactement le problème. Une donnée manquante, on la voit. Une donnée fausse, on la commente en réunion client.

4. Les tweets qui ont documenté le phénomène

Le signalement initial (3 février 2026)

Fabien Barry (@barryfabien), cofondateur de Monitorank, poste dès 6 h du matin. Il constate que les pages 2 et 3 renvoient un volume anormal de résultats YouTube et Dailymotion, et formule l’hypothèse qui s’avérera exacte : quand Google détecte un bot, plutôt que de le blacklister, il fournit de la datas non fiable (comme Bing).

La confirmation (27 mars 2026)

Retour de l’offensive, en pleine Core Update. Le même Fabien Barry résume : Google piège les robots en fournissant des SERPs avec de faux résultats. Il précise que le correctif de février tient et invite chacun à tester par soi-même.

Le démontage du « Googlequake » (1er avril 2026)

Alors que le Semrush Sensor s’affole et que plusieurs analystes annoncent un séisme algorithmique historique, Monitorank explique que la hausse spectaculaire de visibilité de YouTube, Dailymotion, TikTok et Instagram est un artefact : c’est de la « soupe » servie aux bots, en aucun cas un vrai gain de visibilité.

La rupture géographique (26 mai 2026)

Le compte @monitorank alerte sur le changement de ciblage géographique : Le paramètre gl, utilisé pour cibler une région, n’est plus fiable.

5. Le cas Semrush : ce qu’on peut dire, et ce qu’on ne peut pas

Soyons précis, parce que le sujet mérite vraiment de s’y attarder.

Le problème est structurel et concerne tous les outils qui scrapent depuis des proxies étrangers, c’est-à-dire l’essentiel du marché. Si Semrush revient si souvent dans la discussion, c’est parce que c’est l’outil le plus utilisé et que son Sensor est le baromètre le plus visible de la profession.

Ce qui est établi :

  • Le Semrush Sensor France Desktop est passé de 9,5/10 fin mars à 0,6/10 le 12 avril. Les deux valeurs sont difficilement exploitables : la première a été gonflée par la soupe ingérée par les crawlers, la seconde reflète en partie la correction brutale de ce biais, pas un vrai retour au calme. Voir mon article sur le sujet : https://www.eric-garletti.fr/semrush-sensor-de-95-a-06-fiasco-de-mesure-ou-vrai-calme-des-serps/
  • La documentation Semrush explique historiquement les écarts entre l’outil et Google par la personnalisation : Suivi de position montrerait une SERP « impartiale », Google une SERP personnalisée. C’est vrai, mais ça ne couvre ni les shadow SERP, ni la rupture de gl. Une SERP impartiale reste une SERP impartiale française uniquement si l’infrastructure de collecte est réellement française.
  • À ce jour, les outils ayant publiquement documenté un correctif sur ces épisodes sont peu nombreux à ma connaissance : Monitorank et Semscraper (même infrastructure) pour la soupe de février-mars, Monitorank et Ranxplorer pour la rupture de gl en mai, Goserp semblant également épargné selon les tests partagés.

Ce qu’on ne peut pas affirmer : que telle ou telle campagne Semrush est fausse aujourd’hui. Personne ne peut le dire de l’extérieur sans connaître l’infrastructure de collecte de l’éditeur sur le marché FR.

Donc la seule question qui vaille, à poser directement au support de votre outil :

« Depuis le 15 mai 2026, sur quelle infrastructure collectez-vous les SERP françaises ? Utilisez-vous des IP françaises, ou des proxies étrangers avec &gl=fr ? Avez-vous déployé un correctif suite au changement de gestion du ciblage géographique de Google, et à quelle date ? »

La qualité de la réponse (précision, date, transparence) vous en apprendra plus que n’importe quel comparatif d’outils.

Courbe des positions de Youtube.com

Apple
Cdiscount
Amazon

Un même patern sur de très nombreux sites Français (même des incontournables comme Cdiscount, Amazon, Apple) . Une chute des positions qui est directement corrélée à une grosse augmentation des position de Youtube.

6. Vérifiez vous-même en dix minutes

La manipulation est reproductible par n’importe qui, sans compétence technique :

  1. Connectez-vous à un VPN sur un pays non français (Allemagne, États-Unis, peu importe).
  2. Ouvrez une fenêtre de navigation privée (cookie Google vierge).
  3. Lancez une recherche sur google.com et ajoutez &gl=fr à l’URL.
  4. Notez le top 10.
  5. Coupez le VPN, refaites la même requête depuis votre connexion française classique.
  6. Comparez.

Les écarts que vous observez sont, à peu de chose près, l’écart entre ce que voit votre outil de tracking et ce que voit votre client.

Testez avec comparateur assurance auto ou rachat de credit pour un effet maximal.

7. Que faire de vos rapports en attendant

Repasser en first-party

La Google Search Console reste la seule source non biaisée : ce sont vos vraies impressions, vos vrais clics, vos vraies positions moyennes, mesurées par Google lui-même sur des utilisateurs réels. Ses limites sont connues (agrégation, échantillonnage, délai, très peu de clics associés à un mot clef : je ferai un article prochainement à ce sujet), mais elle n’est pas empoisonnée par une détection anti-bot.

Règle simple : en cas de divergence entre un outil tiers et la GSC, la GSC gagne. Systématiquement.

Si vous avez le volume, exportez tout via l’export BigQuery pour dépasser les limites des 1000 de l’interface et construire votre propre historique.

Séparer vos KPI vidéo/social du reste

Dans vos exports, distinguez explicitement les résultats vidéo et sociaux des résultats organiques classiques. Construisez deux indicateurs :

  • un score « web organique pur » (sites classiques uniquement) ;
  • un score « vidéo + réseaux sociaux ».

Ne les agrégez jamais dans un score de visibilité unique. Une « bouffée de soupe (et vous êtes aux choux) » se voit immédiatement sur le second et laisse le premier intact. Si votre outil ne permet pas ce filtrage proprement, c’est déjà une information sur votre outil.

Ne plus lire le Sensor isolément

Un indice de volatilité élevé peut signifier trois choses : une vraie Core Update, une vague de shadow SERP, ou les deux. Ce n’est plus un signal, c’est une hypothèse à vérifier. Avant d’envoyer une alerte à un client à 23 h, ouvrez la SERP à la main.

Croiser les sources

Multipliez les points de mesure : un vérificateur multi-datacenters gratuit (comme https://seo-hero.ninja/), un second outil sur infrastructure différente, un contrôle manuel hebdomadaire sur vos dix requêtes prioritaires. La triangulation systématique n’est plus une bonne pratique de puriste, c’est devenu le minimum.

Réviser le discours client

Le suivi de position n’est plus un chiffre absolu. C’est une estimation assortie d’une incertitude de mesure. Autant l’expliquer avant qu’un client découvre lui-même que sa position 1 « perdue » est toujours là quand il tape la requête sur son téléphone.

8. Pourquoi Google fait ça

Trois motivations se superposent, et aucune ne va disparaître.

Le coût. Les bots de tracking consomment des ressources serveur considérables sans générer un centime de revenu publicitaire. La suppression de num=100 a multiplié par dix le nombre de requêtes nécessaires, et donc le coût, pour les scrapers.

Le juridique. La plainte contre SerpApi de décembre 2025 ne s’appuie pas sur les simples conditions d’utilisation mais sur le DMCA, avec des dommages statutaires calculés par acte de contournement. À l’échelle de milliards de requêtes, l’exposition théorique devient vertigineuse. SerpApi a déposé une motion to dismiss en février 2026, plaidant que consulter des pages publiques n’est pas du « contournement » au sens de la loi ; l’audience s’est tenue le 19 mai 2026 devant la juge Yvonne Gonzalez Rogers. L’issue fera jurisprudence pour tout l’écosystème.

La guerre de l’IA. En corrompant les données servies aux scrapers, Google renchérit considérablement le reverse-engineering de son algorithme et complique la vie des concurrents qui s’entraînent ou se sourcent sur ses résultats. Pendant ce temps, Googlebot continue de crawler l’intégralité du web pour alimenter Gemini. L’ironie n’a échappé à personne dans la communauté.

Ajoutez à cela la publication, en juin 2026, d’une documentation officielle où Google rappelle noir sur blanc qu’aucun outil tiers n’a accès à ses données de classement, et le message devient limpide : le moteur assume désormais publiquement que les données de ranking externes sont des reconstitutions, pas des mesures.

En clair

Le suivi de position n’est pas mort. Mais l’hypothèse implicite sur laquelle il reposait, à savoir que ce que voit votre outil est ce que voit un internaute, n’est plus valide par défaut. Elle l’est particulièrement peu sur le marché français depuis mai 2026.

La bonne réaction n’est pas de résilier votre abonnement Semrush. C’est de descendre d’un cran dans la confiance accordée à un chiffre isolé, de reconstruire votre pilotage autour de vos données first-party, et d’exiger de vos fournisseurs qu’ils vous disent où et comment ils collectent.

Sources

  • Abondance, Google piège les bots SEO : comment Monitorank a tenu bon face à l’offensive anti-scraping (3 avril 2026) https://www.abondance.com/20260403-2095706-google-piege-les-bots-seo-comment-monitorank-a-tenu-bon-face-a-loffensive-anti-scraping.html
  • Abondance, Google casse la géolocalisation des SERPs : vos données de ranking sont-elles fiables ? (4 juin 2026) https://www.abondance.com/20260604-2380606-google-casse-geolocalisation-serps-donnees-ranking-fiabilite.html
  • Abondance, Google attaque SerpApi en justice : vers la fin du scraping de la SERP ? (22 décembre 2025) https://www.abondance.com/20251222-1750253-google-attaque-serpapi-en-justice-vers-la-fin-du-scraping-de-la-serp.html
  • Abondance, SERPs inaccessibles : comment Google a mis les outils SEO à genoux (9 mai 2025) https://www.abondance.com/20250509-1130831-serps-inaccessibles-comment-google-a-mis-les-outils-seo-a-genoux.html
  • Eric Garletti, Semrush Sensor : de 9,5 à 0,6, fiasco de mesure ou vrai calme des SERPs ? (12 avril 2026) https://www.eric-garletti.fr/semrush-sensor-de-95-a-06-fiasco-de-mesure-ou-vrai-calme-des-serps/
  • Eric Garletti, Les fausses SERPs de Google : la « soupe Google » (6 avril 2026) https://www.eric-garletti.fr/les-fausses-serps-de-google-la-soupe-google-qui-piege-les-bots-de-suivi-et-pourquoi-ca-ne-mavait-jamais-autant-surpris-en-20-ans-de-seo/
  • Fabien Barry (@barryfabien) sur X, 3 février 2026 et 27 mars 2026
  • Monitorank (@monitorank) sur X, 26 mai 2026
  • SerpApi, Google v. SerpApi: We’re filing a Motion to Dismiss (20 février 2026) https://serpapi.com/blog/google-v-serpapi-motion-to-dismiss-why-were-in-the-right/
  • The Register, SerpApi asks court to dismiss Google web scraping lawsuit (21 février 2026) https://www.theregister.com/2026/02/21/serpapi_google_scraping_lawsuit/
  • Google Search Central, Conseils concernant les outils et conseils SEO tiers (juin 2026) https://developers.google.com/search/docs/fundamentals/third-party-seo?hl=fr
  • Semrush, Pourquoi mes résultats de Suivi de position sont-ils différents dans Google ? https://fr.semrush.com/kb/867-position-tracking-results-difference